Gestion de l’information et de la communication :
un enjeu pour les PME
Anna GOUPIL est consultante, analyste en intelligence économique et Vice-présidente de l’AAIE, association des auditeurs en intelligence économique de l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale (IEHDN). Elle intervient notamment dans la mise en place de réseaux d’intelligence économique en région et dans
le soutien opérationnel aux TPE et PME.
En quoi la gestion de l’information et de la communication est un enjeu aussi pour les PME ?
Une étude récente souligne que 40% des consommateurs européens seraient prêts à acheter des produits issus de contrefaçon s’ils étaient moins chers. Cela concerne tous les secteurs d’activité qu’il s’agisse d’agroalimentaire, de plasturgie ou encore de produits de beauté. Les grandes entreprises sont depuis longtemps structurées pour y faire face, et c’est aujourd’hui la PME qui peut être pillée si elle n’y prend pas garde. C’est la PME qui possède le savoir faire, qui est la cible dans une démarche de sous-traitance, c’est elle qui est le vivier d’emploi des territoires. C’est donc un enjeu majeur.
Vous accompagnez de nombreuses PME, quel constat pouvez-vous faire des pratiques rencontrées dans la gestion de l’information et de la communication ?
Lors des audits menés sur les pratiques des PME, j’observe une grande variété de situations avec la plupart du temps une démarche empirique : c’est le chef d’entreprise, le DRH ou le responsable informatique qui se retrouvent en responsabilité, souvent par défaut. Il y a en
fait très peu de réflexion autour de la gestion de l’information et de la communication : je rencontre des entreprises qui ne connaissent pas leur environnement, ne déposent pas de brevet pour protéger leur savoir faire et n’ont pas mis en oeuvre de veille particulière de la
concurrence. La PME pilote et diffuse l’information de manière souvent spontanée, sans tenir compte des risques encourus. Elle ne connait pas non plus ses relais intelligence économique, qui existent pourtant en région – notamment les services de l’Etat- et dont il faut bien le dire,
elle se méfie parfois sans raison !
Quels conseils pourriez-vous donner aux entreprises qui souhaitent mettre en oeuvre une véritable gestion de l’information et de la communication ?
Un élément clé à toutes réflexions : professionnaliser ses pratiques. Je vous donne un exemple typique des pratiques actuelles : lors de salons professionnels, on envoie le salarié par défaut, voire le jeune arrivé, non formé « occuper » le stand, sans définition ni validation préalable
de ce qui pourra être dit ou donné comme information. Résultat, c’est le pillage assuré à partir du moment où un concurrent se met en tête de rechercher les éléments sensibles.
C’est là un axe important : tout le monde doit être sensibilisé dans l’entreprise et c’est souvent ceux auxquels on ne pense pas, la standardiste qui est le contact avec l’extérieur, ou le stagiaire - peu au fait des enjeux- qui sont la première cible. Ainsi, en étant formé, vous pouvez alors renforcer votre propre veille auprès de vos concurrents. J’alerte aussi les PME sur « les visites d’entreprise au public », grands moments du pillage de données !
Il y aurait donc tant de risques dans sa gestion de l’information et de la communication au quotidien ?
Je prends un autre exemple : la gestion des sites internet donnant trop d’informations : une information sur un nouveau produit pas encore breveté ou qui va être commercialisé, c’est le risque de voir la concurrence s’en emparer. De la même manière on retrouvera le chiffre
d’affaires prévisionnel, jusqu’à l’organigramme voire même les coordonnées des personnes ressources ! Je ne vous parle pas des travaux « sur ordinateur » dans les trains, ou l’on peu différencier aisément un cadre « préparé» de celui qui ignore encore tout de la sécurité de
l’information en public. La relation affective que l’on porte à son travail peut aussi jouer bien des tours. Combien d’entreprises se sont vus pillées, pour avoir dit à quel point le nouveau produit, la nouvelle organisation ou le nouveau contrat à venir étaient formidables ! Par fierté, de bonne foi ou par affect, on risque de beaucoup trop parler à l’interlocuteur si curieux de votre activité….
Vous accompagnez des PME et TPE depuis des années, voyez vous une évolution dans la sensibilisation des PME à l’intelligence économique ?
Chaque entreprise rencontrée bénéficie d’un audit, de préconisations puis de mise en place de structures adaptées aux métiers et aux organisations. Ainsi, suite à des sessions d’accompagnement et de sensibilisation, on a vu dans certaines régions le nombre de brevets déposés multiplié par 25 ! Cela donne la mesure de l’intérêt que les PME y portent pour la pérennité et le développement de leur activité. Une fois qu’elles ont compris l’avantage économique procuré, elles s’engagent. Je le redis : tout le monde doit être sensibilisé à l’intelligence économique, du dirigeant à l’ensemble des salariés, c’est une question de protection de son savoir faire et de développement de son activité.
« L’intelligence économique est une action et une démarche à la portée de tous ; elle doit devenir un réflexe ! »
Un meilleur partage et une meilleure gestion de l’information et de la communication assureront, avec la protection, la prospective et l’anticipation des risques, la pérennité des emplois de demain.










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